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GLACIALIS Lac Sassolo – Première expédition scientifique

Voilà des semaines que nous sommes rentrés et nos esprits sont toujours happés par les images sublimes et les sensations fortes de cette première expédition Glacialis. Nous pensons tous à la prochaine opération et un nom revient en boucle dans chacune de nos conversations : Sassolo… De discussions officieuses en réunions officielles, nous décidons à l’unanimité du lieu de notre prochaine expédition : Glacialis lac Sassolo !


Glacialis Lac Sassolo
Photo © Franck LEBRUN – Seaskymotion

Au milieu des Alpes suisses, à 2074m d’altitude, le lac Sassolo

« Les Alpes sont considérées comme le Château d’eau de l’Europe »

Impressionnantes Alpes, chaîne de montagnes faite de 82 sommets dont le point culminant est le Mont Blanc à 4 809 mètres. Impressionnantes également par leur capacité à stocker les précipitations qu’elles reçoivent – sous forme d’eau, de neige ou de glace – dans leurs glaciers, lacs et réservoirs artificiels. Ce qui leur vaut d’être considérées comme “Le Château d’eau de l’Europe” et tout particulièrement le secteur où nous nous rendions. 


sommets alpins Glacialis
Photo © Franck LEBRUN – Seaskymotion

Situé à 2 074 mètres d’altitude, dans les Alpes suisses, au fond de la vallée de la Maggia où l’on dénombre pas moins de 150 lacs : le “Lago di Sassolo” [Lac de Sassolo]. Il est à la limite des deux bassins versants Italie et Rhône et ses eaux se déversent côté italien. Il atteint des profondeurs de 34 mètres et nous découvrirons plus tard que son épaisseur de glace peut atteindre les 3 mètres


Glacialis Lac Sassolo
Photo © Franck LEBRUN – Seaskymotion

Glacialis Lac Sassolo : une plongée sous glace parmi les plus dangereuses

« Cette fois, nous partons avec nos bouteilles mais aussi avec des fioles »

Froid polaire, instabilité de la glace, couloirs avalancheux et absence totale de secours dans un périmètre proche font de Glacialis Lac Sassolo une expédition risquée. Nous savons que nous partons pour une plongée sous glace classée parmi les 6 plongées les plus dangereuses au monde : risques d’hypothermie, d’avalanche, de basculement d’icebergs et de vêlage avec perte de visibilité, de repère ou écrasement… L’érosion importante due aux infiltration d’eau de fonte, ainsi que les bulles relâchées lors de la respiration, créent une instabilité importante du plafond et des parois… En cas d’accident, l’assistance aux plongeurs est quasi impossible.


Glacialis Lac Sassolo
Photo © Franck LEBRUN – Seaskymotion

Alors être accompagnés de skieurs et de plongeurs professionnels, experts dans leurs domaines, ne nous empêche pas d’en étudier soigneusement tous les aspects logistiques et sécuritaires afin d’être parés à la moindre difficulté. 

Glacialis Lac Sassolo est également notre première expédition à but scientifique. Notre organisation est officiellement missionnée par l’Institut National de Recherche Agronomique (INRA) de Thonon et l’Université de Genève (UNIGE) pour mettre en évidence la pollution de nos lacs. Cette fois, nous partons avec nos bouteilles mais aussi avec des fioles pour faire des prélèvements d’eau et de sédiments à la recherche de pollution micro-plastique Enfin des fioles… Ces fioles là pouvaient contenir 8 litres de sangria 😉

Première étape : repérages, organisation et objectifs

explorateurs Odysseus 3.1
Photo © Franck LEBRUN – Seaskymotion

Comme pour Glacialis Merlet, certains d’entre nous partent en éclaireurs faire une reconnaissance des lieux. Il nous fallait établir le lieu du campement, évaluer la durée du trajet, l’accessibilité du lac et nous rendre compte des difficultés.

Douze explorateurs se préparaient pour cette opération hors norme dont la date est enfin posée au gré de Météo France au premier week-end de juin. David Lebrun est notre chef d’expédition et Pierre Passot, membre d’honneur d’Odysseus 3.1, nous accompagne. Son expérience, notamment lors de ses missions au cœur du Spitzberg (île proche du Groenland) où il a plongé dans des conditions extrêmes, allait forcément nous apprendre beaucoup. 

L’objectif de cette deuxième expédition est triple :

  • Vivre et réussir une plongée sous-plafond extrême
  • Explorer un lac réputé pour l’extraordinaire beauté de ses eaux dues aux développements glaciaires sous la surface
  • Réaliser des prélèvements d’eau et de sédiments pour nos partenaires scientifiques

Camp de base Glacialis Sassolo
Photo © Franck LEBRUN – Seaskymotion

Une expédition hors norme

Les deux premiers jours de l’expédition Glacialis Lac Sassolo ont été consacrés à l’établissement du camp de base. Lors de la phase de repérage, nos “éclaireurs” avaient trouvé un terrain – prêté par un berger – à près de 2000 mètres d’altitude. De là, nous rendre sur le lac nous prendrait entre 1h30 à 2 heures… Une randonnée qui aurait pour mérite de nous mettre en jambe !


Camps de base Odysseus 3.1 Sassolo
Photo © Franck LEBRUN – Seaskymotion

Nous avons également mis à profit ces deux jours pour peaufiner les derniers détails de l’itinéraire qui nous permettrait d’accéder au lac. L’accès au lac de Sassolo est particulièrement difficile, la route après le dernier village (Fusio) n’est ouverte que quelques mois dans l’année. Le lac n’est fréquenté l’été que par quelques randonneurs et pêcheurs… Et l’hiver, il n’y a que très peu de randonneurs en raison de la longueur de la marche d’approche et des très nombreux couloirs qu’il faut traverser. 


Couloirs avalancheux Sassolo
Photo © Franck LEBRUN – Seaskymotion

Nous savions donc que la fin du parcours serait difficile : nous devrons traverser des couloirs avalancheux et la météo changeante n’est pas notre alliée… Aussi nous décidons de nous équiper de DVA (Détecteur de Victimes d’Avalanche).


Photos © Franck LEBRUN – Seaskymotion

Au troisième jour, une partie de l’équipe s’attelle à établir un camp secondaire plus près du lac, à 2 100 mètres d’altitude. Il nous permettra de stocker le matériel et la pharmacie, et de palier à la météo difficile.


Photos © Franck LEBRUN – Seaskymotion

L’autre partie de la team entreprend la réalisation d’un trou au milieu du lac. Un travail difficile puisque nous n’avons, comme pour Glacialis Merlet, aucun matériel thermique. Au bout de plusieurs heures de travail acharné, nous arrivons enfin pour percer … près de 3 mètres de glace. 


Photo © Franck LEBRUN – Seaskymotion

Les heures passant, l’adrénaline prend peu à peu le dessus et quand dimanche matin nous nous asseyons au bord du trou percé, chaussés de nos palmes, nous sommes au summum de nos émotions…


Perçage du trou dans la glace du lac Sassolo
Photos © Franck LEBRUN – Seaskymotion

“Ce lac s’est mérité, gagné avec respect, livré après tant d’efforts”


Photo © Franck LEBRUN – Seaskymotion

Pour que nous puissions observer les développements glaciaires sous marins, il fallait que la surface du lac se soit partiellement ouverte, et que le ruissellement de fonte ait sculpté la glace. Mais nous savions également que si nous attendions trop longtemps, ces développements glaciaires deviendraient instables et donc déraisonnablement dangereux, voire auront complètement disparus…


Plongée sous glace lac Sassolo
Photo © Franck LEBRUN – Seaskymotion

Les jours suivants, nous enchaînons donc les plongées à but d’exploration et de prises de vues. Jamais nous n’avions vu un tel panel de couleurs – du bleu, du vert, du turquoise – dû aux différences de reliefs glaciaires causés par les avalanches venues se fracasser sur le lac. Nous avons également observé des truites, des espinoches et ce qui semblait être des ablettes.


Plongée sous glace Glacialis lac Sassolo
Photo © Franck LEBRUN – Seaskymotion

Le dernier jour, après avoir essuyé la pluie, la grêle et le brouillard des jours précédents et après que le campement fut balayé par les rafales de vent, nous avons tout de même pu procéder à la réalisation des différents prélèvements :

  • pour l’INRA : 6 échantillons d’un litre, stabilisés à l’éthanol à 5%, afin d’en étudier la composition chimique ainsi que le zooplancton et le phytoplancton
  • pour l’UNIGE : 3 contenants de 8 litres d’eau, 3 réceptacles à sédiments, afin de rechercher la présence de particules de micro-plastiques.

Plongée Lac Sassolo
Photo © Franck LEBRUN – Seaskymotion

Nous voilà rentrés… Nous avons déposés les échantillons à l’INRA et à l’Université de Genève pour analyses. Les résultats seront diffusés dans une ou plusieurs revues scientifiques. Nous nous sommes également entendus pour établir un « partenariat » entre l’Université de Genève et Odysseus 3.1. dès la prochaine rentrée universitaire de septembre. Cela s’annonce…passionnant !

Photos © Franck LEBRUN – Seaskymotion

En attendant, j’ai encore en tête les ronflements et les éclats de rires des uns, les anecdotes au coin du feu des autres, le reiki shiatsu de Perrine sur un rocher, les râleries de notre Pierre, les analyses de Will, les sandales de l’infatigable Franck, la séance de respiration de Yoan, les encouragements d’Arthur sur la route …

Et aussi… le vent dans les arbres, la rivière qui zigzague entre les tentes, la pluie sur le campement, l’improbable polenta de la Pineta, l’orage qui gronde, cette montagne à gravir chaque jour, ces DVA sur nos poitrines gelées et Sassolo qui apparaît, au milieu du froid et de la grêle. 


Photos © Franck LEBRUN – Seaskymotion

Merci de leur confiance à Stephan Jacquet, Directeur de Recherche à l’INRA de Thonon et au Docteur Serge Stoll qui dirige le groupe de physique-chimie de l’environnement de l’Université de Genève

Plus d’informations sur l’expédition Glacialis lac Merlet 
Voir les magnifiques images tournées par Franck Lebrun

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